• Saint Georges et le dragon

    Saint Georges

    Chrétien originaire de Cappadoce (Lydda est aujourd'hui Lod, en Israël), Georges était officier dans l'armée romaine sous l'empereur Dioclétien où il avait accédé au grade élevé de tribun militaire.  Il mourut en martyr en 303, victime des persécutions de Dioclétien.

    Georges est probablement un saint légendaire. Son existence a été mise en doute dès le 5e siècle.

    Pourtant, saint Georges est devenu l'un des saints chrétiens les plus populaires. Son culte, né en Orient, est toujours resté vivace en Grèce et en Russie. Les croisades contribuèrent à le diffuser en Occident, où Georges devint un des saints patrons de Gênes, Venise et Barcelone, puis celui de l'ordre Teutonique et le saint national de l'Angleterre, remplaçant Édouard le Confesseur. Il fut l'un des saints protecteurs de l'Italie et de la Grèce. Il est de nos jours le saint protecteur de nombreux pays, régions ou villes (Angleterre, Russie, Géorgie, Éthiopie, Catalogne, Aragon, Bourgogne, Portugal, Lituanie, Serbie, Monténégro, Londres,Moscou, Barcelone, Gênes, Ferrare, Reggio de Calabre, Fribourg-en-Brisgau, Beyrouth…). Au Moyen Âge, son culte concurrençait le culte des apôtres.  

    Saint Georges incarne l'idéal du chevalier chrétien : un héros pur et intrépide défaisant le Mal. Le combat de saint Georges et du dragon est l’allégorie de la victoire de la Foi chrétienne sur le Démon, désigné dans l’Apocalypse sous le nom de dragon. Il apparaît également comme la version chrétienne du mythe de Persée délivrant la princesse Andromède du monstre marin auquel elle a été livrée, même si le combat de Persée n'a pas de dimension spirituelle. Il n'est donc pas étonnant que saint Georges soit devenu le saint patron de la chevalerie de toute la chrétienté (ordre du Temple, ordre Teutonique, ordre de la Jarretière, ordre de Saint-Michel et Saint-Georges…). 

    Saint Georges, dont le nom grec signifie 'travailleur de la terre', est fêté le 23 avril : il est associé à l’ouverture des lieux, après la fonte des neiges, les sentiers redevenant praticables pour les cavaliers. Le dragon, lui, est associé à l’ouverture mortelle des corps et – avec la présence de la jeune fille - à l’ouverture vivante et féconde, l’ouverture sexuelle... Avec la Saint-Georges débute, depuis le Moyen Âge, tout un cycle de fêtes d’initiations, fêtes pendant lesquelles l’image monstrueuse et coupable de la sexualité (l’image, donc, du dragon) est transgressée.

    Dans les versions épiques et chevaleresques du combat de saint Georges, l’enjeu est toujours la princesse. Vers le 10e siècle, un dragon est introduit dans la légende de saint Georges, héros de récits chevaleresques. Dans des romans médiévaux, la lance de saint Georges est appelée "Ascalon", du nom de la ville d'Ashkelon en Terre sainte. Un forgeron de cette ville la lui aurait façonnée dans un acier spécial. 

    La légende dorée

    Jacques de Voragine, au 13e siècle, a rédigé un ensemble d'hagiographies, La légende dorée. Cet ouvrage a contribué à la popularité de la légende de saint Georges. 

    Georges, tribun, né en Cappadoce, vint une fois à Silcha [ou Silène], ville de la province de Lybie. A côté de cette cité était un étang grand comme une mer, dans lequel se cachait un dragon pernicieux, qui souvent avait fait reculer le peuple venu avec des armes pour le tuer; il lui suffisait d'approcher des murailles de la ville pour détruire tout le monde de son souffle. Les habitants se virent forcés de lui donner tous les jours deux brebis, afin d'apaiser sa fureur; autrement, c'était comme s'il s'emparait des murs de la ville; il infectait l’air, en sorte que beaucoup en mouraient. Or, les brebis étant venues à manquer et ne pouvant. être fournies en quantité suffisante, on décida dans un conseil qu'on donnerait une brebis et qu'on y ajouterait un homme. Tous les garçons et les filles étaient désignés par le sort, et il n'y avait d'exception pour personne. Or, comme il n'en restait presque plus, le sort vint à tomber sur la fille unique du roi, qui fut par conséquent destinée au monstre. Le roi tout contristé dit : « Prenez l’or, l’argent, la moitié de mon royaume, mais laissez-moi ma fille, et qu'elle ne meure pas de semblable mort. » Le peuple lui répondit avec fureur : « Ô Roi, c'est toi qui as porté cet édit, et maintenant que tous nos enfants sont morts, tu veux sauver ta fille ? Si tu ne fais pour ta fille ce que tu as ordonné pour les autres, nous te brûlerons avec ta maison.» En entendant ces mots, le roi se mit à pleurer sa fille en disant: « Malheureux que je suis! ô ma tendre fille, que faire de toi? que dire? je ne verrai donc jamais tes noces? » Et se tournant vers le peuple : « Je vous en prie, dit-il, accordez-moi huit jours de délai pour pleurer ma fille. » Le peuple y ayant consenti, revint en fureur ait bout de huit jours, et il dit au roi : « Pourquoi perds-tu le peuple pour ta fille ? Voici que nous mourons tous du souffle du dragon. » Alors le roi, voyant qu'il ne pourrait délivrer sa fille, la fit revêtir d'habits royaux et l’embrassa avec larmes en disant : « Ah que je suis malheureux ! ma très douce. fille, de ton sein j'espérais élever des enfants de race royale, et maintenant tu vas être dévorée par le dragon. Ah ! malheureux que je suis ! ma très douce fille, j'espérais inviter des princes à tes noces, orner ton palais de pierres précieuses, entendre les instruments et les tambours, et tu vas être dévorée par le dragon. » Il l’embrassa et la laissa partir en lui disant : « O ma fille, que ne suis-je mort avant toi pour te perdre ainsi ! » Alors elle se jeta aux pieds de son père pour lui demander sa bénédiction, et le père l’ayant bénie avec larmes, elle se dirigea vers le lac. Or, saint Georges passait par hasard par là : et la voyant pleurer, il lui demanda ce qu'elle avait. » Bon jeune homme, lui répondit-elle, vite, monte sur ton cheval ; fuis, si tu ne veux mourir avec moi. » N'aie pas peur, lui dit Georges, mais dis-moi, ma fille, que vas-tu faire en présence de tout ce monde? » Je vois, lui dit la fille, que tu es un bon jeune homme; ton coeur est généreux : mais pourquoi veux-tu mourir avec moi? vite, fuis ! » Georges, lui dit : « Je ne  m’en irai pas avant que tu ne  m’aies expliqué ce que tu as. » Or, après qu'elle l’eut instruit totalement, Georges lui dit : « Ma fille, ne crains point, car au nom de J.-C., je t'aiderai. » Elle lui dit : « Bon soldat ! mais hâte-toi de te sauver, ne péris pas avec moi ! C'est assez de mourir seule; car tu ne pourrais me délivrer et nous péririons ensemble. » Alors qu'ils parlaient ainsi, voici que le dragon s'approcha en levant la tête au-dessus du lac. La jeune fille toute tremblante dit : « Fuis, mon seigneur, fuis vite. « A l’instant Georges monta sur son cheval, et se fortifiant du signe de la croix, il attaque avec audace le dragon qui avançait sur lui : il brandit sa lance avec vigueur, se recommande à Dieu, frappe le monstre avec force et l’abat par terre : « Jette, dit Georges à la fille du roi, jette ta ceinture au cou du dragon ; ne crains rien, mon enfant. » Elle le fit et le dragon la suivait comme la chienne la plus douce. Or, comme elle le conduisait dans la ville, tout le peuple témoin de cela se mit à fuir par monts et par vaux en disant : « Malheur à nous, nous allons tous périr à l’instant ! » Alors saint Georges leur fit signe en disant : « Ne craignez rien, le Seigneur  m’a envoyé exprès vers vous afin que je vous délivre des malheurs que vous causait ce dragon seulement, croyez en Jésus-Christ, et que chacun de vous reçoive le baptême, et je tuerai le monstre. » Alors le roi avec tout le peuple reçut le baptême, et saint Gorges, ayant dégainé son épée, tua le dragon et ordonna de le porter hors de la ville. Quatre paires de boeufs le traînèrent hors de la cité dans une vaste plaine. Or, ce jour-là vingt mille hommes furent baptisés, sans compter les enfants et les femmes.

    Quant au roi, il fit bâtir en l’honneur de la bienheureuse Marie et de saint Georges une église d'une grandeur admirable. Sous l’autel, coule une fontaine dont l’eau guérit tous les malades : et le roi offrit à saint Georges de l’argent en quantité infinie ; mais le saint ne le voulut recevoir et le fit donner aux pauvres. Alors saint Georges adressa au roi quatre avis fort succincts. Ce fut d'avoir soin des églises de Dieu, d'honorer les prêtres, d'écouter avec soin l’office divin et de n'oublier jamais les pauvres. Puis après avoir embrassé le roi, il s'en alla. — Toutefois on lit en certains livres que, un dragon allant dévorer une jeune fille, Georges se munit d'une croix, attaqua le dragon et le tua.

    Jacques de Voragine, La légende dorée (traduction J.-B. M. Roze, 1902)

    Le combat de saint Georges dans les arts

    La grande popularité de saint Georges explique que le combat de Georges contre le dragon soit un sujet très souvent représenté dans les arts, surtout à partir du 13e siècle. Saint Georges a été, avec le Christ et sainte Marie, le personnage le plus représenté dans la peinture. 

    L'imagerie suit la tradition d'Orient. Saint Georges est traditionnellement représenté sur un cheval blanc, signe de pureté, en armure, portant une lance, parfois une longue épée, un écu et une bannière d'argent à la croix de gueules, et transperçant un dragon à ses pieds. Tandis que Georges terrasse le monstre, une princesse, qui était destinée à être livrée en pâture au monstre, prie au second plan. La scène se passe au pied des murs d'une ville, parfois au bord de la mer. 

    Cependant, les multiples représentations du combat de Georges et du dragon offrent des variations par rapport à cette tradition. Ainsi, les traits de saint Georges diffèrent selon le pays où il est figuré: souvent représenté en jeune homme imberbe, il porte la moustache en Inde, la barbe en Allemagne, c'est un vieillard pour Rubens, il est presque obèse pour Dürer. Le physique du saint n'a pas d'importance. Seule la présence de Georges et du dragon est essentielle pour identifier l'épisode, avec l'adjonction possible d'attributs, en nombre variable (cheval, lance, princesse, ville).

    Evolution de la représentation picturale de saint Georges en Europe

    Au Moyen Âge, il s'agit de raconter des événements que personne n'a pu voir : l'épisode du combat de saint Georges et du dragon revêt une dimension fantastique. A partir de la Renaissance, l'art cherche à représenter le réel de manière plus rationnelle : le dragon devient moins fantastique, et ressemble davantage à une "grosse bête". A partir du 18e siècle,le représentation de saint Georges devient rare dans la peinture classique. Ce type d'histoire n'a plus sa place dans une spiritualité rationalisée.  Au 18e siècle, siècle des Lumières, l'art ne représente plus saint Georges. Il réapparaît au 19e siècle, dans des représentations sulpiciennes parfois laides, qui définissent une image internationale du saint. Au 20e siècle, Kandinsky le représente des centaines de fois.

    Et le cheval dans tout cela ?

    Le cheval de Georges est anonyme. Son nom n'est pas passé à la postérité. On sait que c'est un cheval docile et vaillant, qui fait corps avec son cavalier dans la plupart des représentations. Ils affrontent ensemble le dragon, sans montrer de peur ou d'affolement.

     

     

  • Giorgio Barberelli ou di Castelfranco, dit Giorgione ('le Grand Georges'), est un peintre de l'extrême début du 16e siècle. Il meurt jeune, probablement de la peste, à Venise en 1510.

    Giorgione est l'auteur de tableaux énigmatiques, peut-être des oeuvres de commande pour des collectionneurs privés. 

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  • Altdorfer

     

    Albrecht Altdorfer, Coin de forêt avec saint Georges combattant le dragon

    Alte Pinakotekh, Munich

    Albrecht Altdorfer (1488-1538), contemporain d'Albrecht Dürer, est un peintre et graveur allemand de la Renaissance. Il est représentatif de l'Ecole du Danube, un mouvement pictural caractérisé par sa grande sensibilité au paysage et aux manifestations de la nature. 

    Le tableau d'Altdorfer intitulé Coin de forêt avec saint Georges combattant le dragon est une peinture sur parchemin posé sur bois, datée de 1510. Sur ce petit panneau de moins de 30 cm de hauteur, on constate comment le paysage a pris le pas sur le sujet représenté, qui est miniaturisé et excentré en bas du tableau. Sur un fond très dense de feuillages, reproduits avec un soin hyperréaliste qui me rappelle les techniques modernes de bande dessinée, se devinent (plus qu'ils ne se voient) un cavalier en armure noire, son cheval blanc et un monstre rougeâtre, difficile à identifier, qui pourrait ressembler à un énorme crapaud ramassé sur lui-même. Les personnages de cette scène n'occupent qu'un quart de la hauteur du tableau. Dans ce sous-bois épais aux teintes automnales, ce sont quelques reflets sur la cuirasse noire du chevalier et sur la croupe immaculée du cheval, jetés par une lumière parcimonieuse, qui révèlent les personnages de cette scène. Curieusement, alors que le cheval lève ses antérieurs face au dragon, la scène paraît figée, comme plaquée sur le fond de feuillage qui occupe tout l'espace. Le chevalier, épée baissée, visière levée, ne semble pas "au contact" du dragon, qui se fond lui-même dans le paysage.

    Les attributs traditionnels de saint Georges sont absents : pas de princesse, pas de ville, pas d'espace périurbain.


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  • On connaît trois versions de l'épisode du combat de saint Georges et du dragon par Le Tintoret.

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